24
Recluse

Je fis une marque de plus sur le mur de ma cellule, alors qu’une autre journée se terminait sous mes yeux. Les dernières lueurs du soleil s’estompaient à l’horizon, nimbant les mornes murailles de ma captivité d’une lumière trop douce, presque cruelle. Déjà deux semaines que je croupissais ainsi, ne sachant toujours pas à quoi m’attendre de la part de mes geôliers. Je n’avais eu droit à la présence d’Alix qu’une demi-journée et le seul contact que j’avais maintenant avec le genre humain se résumait à l’ouverture et à la fermeture de la trappe servant à m’alimenter trois fois par jour. La vieille femme n’avait pas non plus reparu, à mon grand soulagement. Je ne pouvais pourtant m’empêcher de penser qu’elle ne tarderait plus à se manifester.

Je repensais sans cesse au fait que j’aurais dû, aux dires de Mélijna, être capable de me guérir moi-même. J’avais donc tenté, après son départ, de mettre en œuvre les forces qui devaient normalement accomplir cet exploit, mais j’avais lamentablement échoué. Je n’avais aucune idée de la marche à suivre pour y parvenir. Les paroles de ma mère m’étaient revenues en mémoire une fois de plus concernant une certaine Montagne aux Sacrifices, et je savais que je devrais rapidement me rendre là-bas si je voulais réussir un tour de magie de mon plein gré et non par accident, comme avec le coup de poing de Rufus. En attendant, je m’étais résignée à attendre que la plaie, relativement profonde, se referme d’elle-même et à prier pour qu’elle ne s’infecte pas, compte tenu de la propreté des ongles qui avaient fait le sinistre travail.

La cicatrice que je portais désormais au cou ne me donnait guère envie de revoir cette sorcière.

Concernant la nourriture, le fait que je sois bien alimentée et que l’on désire donc me garder en vie n’était pas nécessairement un signe encourageant. Je me forçais néanmoins à le croire puisque j’avais droit à des fruits ou à des légumes au moins une fois par jour. Par ailleurs, il y avait plus d’une semaine que mes lèvres ne bleuissaient plus et j’en déduisis que, devant l’échec des nombreuses tentatives, le maître de céans avait renoncé à me faire obéir par la force des potions.

Lasse, je m’agenouillai dans un coin de ma cellule et me surpris à prier véritablement pour la première fois depuis des lunes. J’avais délibérément chassé Dieu de ma vie, aux moments des tragiques événements qui s’y étaient succédé, et avais obstinément refusé d’en entendre parler depuis. Mais aujourd’hui, peut-être qu’un dieu, quel qu’il soit, pourrait me venir en aide…

J’avais à peine fermé les yeux, pleurant silencieusement, que le bruit d’un pas lourd me sortit de ma torpeur. Je me pris à espérer le retour de mon compagnon, mais la réalité se révéla beaucoup plus amère.

On tira le verrou et la porte s’ouvrit dans un grincement sinistre qui me donna la chair de poule. Je crus tout d’abord que c’était Alexis qui revenait me tenir compagnie, mais l’absence de fers, la tenue propre et impeccable, ainsi que le regard dur du jeune homme que j’avais devant moi suffirent à me montrer mon erreur… Pendant ce qui me sembla une éternité, je restai totalement immobile, le regard fixe et le cerveau travaillant à vive allure. Je comprenais maintenant ce que m’avait dit mon Cyldias lors de notre dernière rencontre.

L’homme qui venait d’entrer et Alexis ne pouvaient qu’être… jumeaux. Les nuances étaient là, mais subtiles, comme dans un mauvais rêve où le bon devient le méchant au moment où l’on s’y attend le moins. Je ne croyais pas si bien dire car, moins d’une minute plus tard, Vigor franchit la porte à son tour, les bras chargés de couvertures de laine épaisses. Un doute affreux me traversa l’esprit et je priai, cette fois avec une immense ferveur, pour que mes craintes ne deviennent pas réalité. Mais une question d’Alexis sur son aspect physique me revint brutalement en mémoire. Ainsi, il savait probablement ce qui m’attendait. Il me restait à le découvrir à mon tour.

Les couvertures furent étendues sur ma paillasse, qui prit bientôt l’aspect d’un rustique lit pour deux. Je fronçai les sourcils. Une lueur moqueuse traversa le regard du sire, bientôt suivie d’une ombre de convoitise et de méchanceté. Je me détournai et entrepris de regarder par la meurtrière le lever de la lune. Elle était à un peu plus de la moitié de son cycle et éclairait le lac avec un romantisme totalement déplacé dans les circonstances.

Une voix grave et chargée de mépris me tira de la réflexion à laquelle j’aurais désespérément voulu m’abandonner.

— Vous me pardonnerez mon absence prolongée et mon manque de courtoisie à votre égard, très chère. C’est que je devais d’abord m’assurer que le passage de mon frère – à ce mot, un profond dégoût se lut sur son visage – n’avait pas causé d’inconvénients pouvant nuire à mes projets… Vigor n’a vu qu’un baiser, mais on n’est jamais trop prudent.

Le dernier mot fut prononcé avec dégoût et je me pris à espérer que ce serait suffisant pour l’éloigner de moi. Je me trompais lourdement.

— Mélijna m’avait déjà assuré que tout danger était écarté, mais je voulais que vous en soyez aussi convaincue qu’elle pouvait l’être. Comme vos saignements garantissent du vide de votre être, je me propose charitablement de remédier à cette situation sur-le-champ. La possibilité de voir se développer un héritier de notre union charnelle m’assurerait le pouvoir et la richesse qui me font encore défaut, malgré mon dévouement à la cause de ces contrées. Si vous accédez à ma requête sans rechigner, il ne vous sera fait aucun mal, je vous l’assure.

Ce ton doucereux, arrogant et hautain, ajouté à ces insinuations douteuses et ses belles paroles, me donnèrent la nausée. Je devais rêver… C’est cela, j’allais me réveiller dans un instant, riant de ce cauchemar et me persuadant de son inexistence… Tandis que je fixais toujours mon visiteur, des pas se firent entendre dans le couloir et j’eus la désagréable vision de celle qui répondait au nom de Mélijna. Elle se tenait dans l’embrasure de la porte, l’air aussi rébarbatif et mesquin que la dernière fois. Elle ne jeta qu’un regard de mépris à Vigor, qui le lui rendit au centuple dès qu’elle l’eut dépassé. Tous ces gens devaient se sentir bien seuls s’ils se haïssaient autant les uns les autres. Dommage qu’ils n’aient pas envie de s’entretuer.

Je reportai mon attention sur la nouvelle venue, afin d’éviter que mon manque de vigilance me vaille une deuxième marque indélébile. La sorcière tendit encore les mains vers moi et je reculai spontanément.

— Vous vous méprenez sur la signification de son geste, me dit le sosie d’Alexis, une pointe d’ironie dans la voix.

Elle ne désire que vous sonder, cette fois. Je vous conseille de ne point lui résister, si vous ne voulez pas que je devienne moins agréable que je ne le suis.

— Ah ! Parce que vous vous trouvez agréable…, ne puis-je m’empêcher de répliquer, l’amertume dans la voix. Je crois que…

Je n’eus guère le loisir de terminer ma phrase ; je reçus une gifle retentissante qui me fit perdre l’équilibre. Je me retrouvai sur le dos, des larmes d’humiliation me montant aux yeux. Je me relevai sans attendre et tentai de me précipiter sur cette brute, mais je fus incapable du moindre geste. Mélijna m’observait, le bras tendu dans ma direction. Seul son index bougeait légèrement, témoin de son imposant pouvoir sur ma petite personne. Alejandre me regardait également, un sourire de triomphe flottant sur ses lèvres sèches et craquelées.

— Elle sera plus obéissante maintenant, dit Mélijna de sa désagréable voix.

La dernière phrase s’accompagna d’un élancement désagréable au niveau de ma nuque et je soupçonnai cette furie d’en être la cause. Je n’eus d’autre choix que d’abdiquer. Je me dis cependant que la sorcière ne serait pas toujours là pour protéger son triste sire, mais je ne savais pas encore à quel point ma haine aurait décuplé à ce moment-là… Mélijna tendit son autre bras dans ma direction, tout en me gardant en son pouvoir, et posa sa main sur mon ventre plat.

— Je crois que tu n’auras pas à l’honorer de tes faveurs bien longtemps pour que notre vœu se réalise. Elle sera bientôt prête pour mener à terme la mission que tu désires lui confier. Je sens cependant une force différente en elle, une force plus vive que celle que j’ai rencontrée précédemment. Il te faudra faire preuve de patience et revenir la voir pendant quinze jours, sans faute, si tu souhaites des dons hors du commun pour l’être à venir… un garçon assurément…

Le sire de Canac ne put cacher sa satisfaction devant ces paroles. Pour ma part, si je comprenais que cet énergumène désirait que je lui donne un enfant, je doutais fortement de son niveau de connaissance de la nature humaine. Qu’il vienne me voir une seule fois ou dix d’affilée, le fait est qu’il n’en fallait qu’une pour que je tombe enceinte. Mais chez quelle espèce d’incultes étais-je tombée ?

La sorcière déplaça lentement sa main vers la gauche, jusqu’à ma hanche, puis fit de même vers la droite. Elle ferma ses yeux vitreux pour mieux se concentrer. Sa main devint de plus en plus froide au fur et à mesure qu’elle parcourait ma peau jusqu’à ce que j’aie l’impression d’être en contact avec de la glace. Soudain, elle la retira précipitamment en étouffant un cri de douleur, comme si elle venait de se brûler. Alejandre parut extrêmement surpris et sembla sur le point de poser une question, mais elle lui intima de se taire. Elle voulut remettre sa main au même endroit, mais le phénomène se reproduisit. Après deux autres tentatives, elle abdiqua. Elle me jeta un regard étonné, mais n’ajouta rien. Elle se tourna finalement vers le sire qui attendait, de plus en plus anxieux.

— Qu’est-ce que cela signifie ? Je veux savoir…

Mais Mélijna refusa de répondre. Elle se contenta de le fixer, songeuse.

— À la lumière de ce que je perçois, il vaudrait mieux que tu ajoutes quelques jours à ton pèlerinage, afin de ne pas commettre d’erreur, comme ton père l’a fait autrefois.

Sur ce, elle tourna les talons et disparut. Je restai là, le cœur battant. J’avais très bien compris ce qui m’attendait, mais je refusais de l’admettre. Inlassablement, la même litanie se répétait dans ma tête : « Il va te violer… Il va te violer… Il va te violer…» Pour toute réponse, je hochai la tête de gauche à droite, incapable de faire autre chose. J’étais en état de choc…

L’étonnement de mon hôte après le départ précipité de Mélijna fut de courte durée. Il cessa bientôt de fixer la porte par où elle s’était volatilisée, estimant vraisemblablement qu’il y avait plus urgent. Il s’avança lentement, après avoir renvoyé Vigor, et entreprit de me déshabiller, ce qui me sortit de mon hébétude aussi certainement qu’un coup de fouet. Je reculai vivement, le repoussant à deux mains. Pour toute réponse, il me sourit cruellement.

— Je vois que l’on prévoit me faire des misères. Tss ! Tss ! C’est très vilain de vouloir désobéir à un homme, il pourrait se mettre en colère… et la colère est parfois mauvaise conseillère.

Pour toute réponse, je lui crachai au visage et voulus fuir, bien inutilement. Il avait l’avantage, l’ordure, et il en était pleinement conscient. Il m’agrippa par un bras et tenta de m’attirer à lui. Je me débattis et voulus lui envoyer mon poing dans la figure, mais il m’arrêta au passage, sa main se refermant sur la mienne. Je compris dès lors que toute résistance serait probablement inutile, sa force dépassant de beaucoup la mienne, malgré l’énergie résultant de ma colère. Par ailleurs, ma longue captivité avait ankylosé mes membres. Je tentai néanmoins un coup de genou là où cela aurait fait le plus mal, mais il devina mes intentions et para le coup de belle façon. Plus je me débattais, plus je sentais que ce qui devait être un viol de pure forme à ses yeux, pour les besoins d’une cause, se muait en un désir de plus en plus violent.

Je compris trop tard qu’il était de ceux dont le plaisir était stimulé par la résistance. Mais même si je l’avais compris avant, je ne me serais pas résignée pour autant. La perspective de ce qui m’attendait si je baissais les bras me fit redoubler d’ardeur.

— Mais, mais, mais, c’est qu’elle a du chien, la tigresse. La victoire n’en sera que plus savoureuse.

Et ce salaud éclata de rire, continuant d’esquiver les coups. Je me fatiguai rapidement et il profita de mon essoufflement pour m’agripper par derrière – tirant de son autre main sur le haut de mon corsage – qui se déchira, découvrant mes seins sous les timides lueurs de la lune.

— Parfait ! Nous avançons à pas de géants ! Si vous voulez bien continuer vous-même, cela vous éviterait d’avoir à poursuivre votre réclusion en petite tenue, faute de vêtements pour vous couvrir puisque je n’ai nulle envie de vous en fournir.

Je me refusai toujours à capituler, espérant… je ne sais quoi. Je me plantai debout devant lui, les bras croisés pour cacher, tant bien que mal, ma poitrine dénudée et lui lançai un regard de défi. Il m’attrapa par un bras et me força à m’agenouiller. J’en profitai pour lui mordre la main gauche. J’exploitai l’effet de surprise pour m’éloigner quelque peu, reprenant mon souffle. Il se lassa bientôt de ce petit jeu de résistance et son ton se durcit.

— Je vais me voir dans l’obligation d’utiliser la force et je doute que cela vous plaise…

— D’une façon ou d’une autre, je doute que la suite des événements puisse me plaire, crachai-je de fureur et de dépit. Autant vous en donner pour votre peine, mon cher.

Sur ce, il s’élança vers moi, ayant semble-t-il décidé que cette comédie avait assez duré. D’une poigne de fer, il m’envoya rouler sur la paillasse au fond de la pièce. Avant que je n’aie pu me relever, il était sur moi. Il remonta mes bras au-dessus de ma tête, où il les maintint d’une seule main, défaisant sa braguette de l’autre. Il retroussa ensuite ma jupe et entreprit, sans plus de cérémonie, d’atteindre le but qu’il s’était fixé. Mes dernières résistances se brisèrent en même temps qu’une partie de moi lorsqu’il me pénétra avec violence, ayant forcé le passage entre mes cuisses. Le tout ne dura que quelques minutes, son désir encouragé par mon opposition tenace. Les larmes roulèrent sur mes joues lorsque je le sentis se répandre en moi. Je gardai les yeux fermés lorsqu’il se releva, refusant de croiser son regard…

Je ne pus réprimer un sanglot en me retournant sur le ventre et en rampant hors de cette couche répugnante, cherchant la fraîcheur de la pierre pour mon corps qui me brûlait. Je l’entendis s’éloigner de moi, quelques minutes plus tard, après qu’il se fut rhabillé. D’un ton où perçaient l’ironie et la cruauté, il donna ses directives.

— Tâchez de vous remettre vite et de vous préparer mentalement à ma prochaine visite. Vous comprendrez aisément que je ne pourrai perdre trop de temps en votre compagnie, aussi agréable puisse-t-elle être ; j’ai d’autres obligations. Alors votre collaboration serait de mise à l’avenir. Elle éviterait de m’obliger à raffermir mon emprise sur vous.

Sur ce, il quitta la pièce, me laissant seule avec ma détresse, incapable de laver cette souillure de mon corps, mais surtout incapable d’ouvrir les yeux. Même fermés, je voyais deux visages si semblables, de deux êtres pourtant si différents ; l’un devait me protéger, l’autre cherchait plutôt à m’anéantir. Le plus troublant était qu’ils se superposaient pour ne faire qu’un, et je priai le ciel pour pouvoir un jour refaire la différence entre les deux…

À l’issue de sa cinquième visite, le sire de Canac me proposa un marché afin d’endiguer la résistance que je continuais de lui opposer. Haletante de m’être tant débattue et le regard chargé de haine, je ne dis rien, attendant qu’il me débite son baratin.

Le pacte était fort simple. Il cesserait toute forme de torture sur son frère et accepterait de lui rendre sa liberté en échange d’une soumission totale de ma part. Alexis était donc toujours détenu…

Pour que je comprenne bien que son frère avait besoin de moi, il versa sur le sol le contenu d’une petite fiole argentée. Une image se créa alors, me permettant de voir son frère enchaîné, les vêtements en lambeaux, le corps amaigri et affreusement meurtri. Je voulus me détourner, mais, il m’obligea à regarder Vigor faire son apparition. Sous mes yeux horrifiés, ce dernier prit un malin plaisir à entailler la peau de son prisonnier à une douzaine d’endroits, avant de le marquer deux fois à l’aide d’un petit fer rougi au feu. Je secouai la tête devant cette cruauté gratuite, les yeux noyés de larmes. L’image s’évanouit bientôt sur l’expression de douleur d’Alexis, le sang coulant de ses multiples plaies. Mais pourquoi ne se défendait-il pas ? C’est Alejandre qui répondit à ma question muette, l’air plutôt satisfait du petit spectacle qu’il venait de m’offrir.

— Pratique d’avoir une sorcière comme alliée ! Même les plus coriaces n’ont pas d’autre choix que de se soumettre.

La nourriture trafiquée me revint alors en mémoire. Il ne semblait pas éprouver le moindre remords face à la souffrance de son frère et je le haïs davantage encore, si cela était possible. Le cœur lourd, je lui demandai :

— Si je collabore, vous me jurez de lui rendre sa liberté ?

— Vous comprendrez qu’il me faudra d’abord voir si vous tenez parole avant de laisser échapper une aussi belle capture. Je m’en voudrais de priver si rapidement Vigor et Mélijna de ce divertissant passe-temps…

Un instant, je me demandai pourquoi, s’il haïssait autant Alexis, il ne se contentait pas de le tuer tout simplement. Mais la mort l’aurait privé de son jouet…

Alejandre me donnait envie de vomir avec son ignominieux chantage, mais je n’avais guère le choix. Je ne voulais pas me sentir coupable de la douleur, ou même de la mort, d’Alexis. Par ailleurs, s’il était vraiment un Cyldias – mon Cyldias – je ne pouvais pas prendre le risque de perdre une protection si rare, enfin d’après ce que j’en savais. De toute façon, je ne pourrais échapper aux viols répétés. Le fait de les subir sans m’y opposer n’y changerait pas grand-chose, en fin de compte, et au moins Alexis cesserait de souffrir. La mort dans l’âme, j’acceptai…

 

Naïla de Brume
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